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Ma pensée quant à la théorie de Mélanie KLEIN

Publiée le 10 mars 2012, 12:56

Dans un premier temps, il me semble essentiel de plonger dans l’enfance et la vie de Mélanie Klein. À lire sa biographie, force est de constater que la petite Mélanie, dans son plus jeune âge et tout au long de son développement vers l’âge adulte, est touchée par le deuil (jusqu’à ses 32 ans, date marquée par un quatrième deuil, sa mère, et le début de son intéressement à la psychanalyse). Une dépression l’amène à faire une cure analytique auprès d’un des disciples de Freud : Ferenczi. Mélanie Klein a alors trois enfants de l’homme (ami de son défunt et unique frère) dont elle divorcera vers 1921. Sa rencontre avec Freud date de 1917. Mélanie Klein devient son élève. Séduite par les théories freudiennes, elle s’en inspire et élargira les conceptions du maître dans la direction d’un autre médecin psychanalyste qui aura une importance considérable pour elle, et sera son second analyste : Karl Abraham (1877-1925). La mort précoce de ce médecin qui l’encouragea tant et qu’elle admira tellement fut une perte douloureuse pour elle. Ernest Jones (psychiatre, président de l’association Internationale de psychanalyse, né en 1879, mort en 1958) fut celui qui continua à l’encourager et à apporter une reconnaissance significative de son travail.
De l'apport Freudien avec la théorie de la dualité entre les pulsions de vie et pulsions de mort en particulier, Mélanie Klein remanie et réélabore ces théories. Elle se centre sur le développement affectif précoce de la première année du bébé et en distingue l'oralité comme étant le moteur de son développement. Elle met en lumière deux phases: la position schizo-paranoïde et la position dépressive. Notons au passage que là où Sigmund Freud parlait de « stades » dans le temps, Mélanie Klein réélabore ces concepts en utilisant les termes de « position » plus que de « stade ». Elle préfère parler de « mode d’être », qui ne sont pas chronologiquement déterminés, comme les stades le sont par exemple. Le fonctionnement de l'enfant est considéré comme normalement psychotique et la relation d'objet s'établit selon la formule freudienne: « l'objet naît dans la haine ».
On peut scinder en trois phases les contributions de Mélanie Klein à la théorie et à la technique psychanalytique :
La première phase pose ses bases dans l’analyse des enfants. Dans le tout premier développement du psychisme, Klein réfléchit l’Œdipe primitif et le Surmoi archaïque (résultant de la pulsion de mort, il est un persécuteur extérieur responsable de tout ce que l'enfant vit de désagréable). Ainsi elle révise la théorie freudienne en proposant des stades préœdipiens, soulignant l’origine du Surmoi dans l’ Œdipe et non à la fin de l’ Œdipe. Le fantasme sadique constitue, selon elle, la base de la première relation au monde extérieur et à la réalité. La thèse de Mélanie Klein repose sur le fait que le conflit œdipien débute là où le sadisme domine. À partir de la cure d'un petit enfant psychotique nommé Dick, M. Klein étaye sa thèse selon laquelle le sadisme agit dans un stade précoce sur toutes les sources du plaisir libidinal (1).
Une seconde phase met en lumière la position paranoïde schizoïde (ou position persécutive). Cette position met l’accent sur l’angoisse davantage que sur le développement libidinal, insiste sur les relations d’objet et le monde interne de l’enfant, et apporte une nouvelle conception du fantasme et du symbolisme. Notons que là où Mélanie Klein parle de conflits internes à l'enfant, en position schizo-paranoïde, Anna Freud voit des conflits relationnels et d'adaptation.
Enfin, la troisième découpe porte sur deux concepts : la position dépressive et les mécanismes de défense (défense contre l’angoisse et la culpabité d’être la même personne « totale » qui aime et haït à la fois sa mère). Selon la pensée kleinienne, la position dépressive marque le moment capital entre le point de fixation des psychoses et celui des névroses. La façon dont les relations objectales s’intègrent dans la position dépressive constitue la base de la structure de la personnalité de l’enfant.
Les théories de Mélanie Klein ont été très controversées, notamment par Anna Freud qui avait entrepris des analyses d’enfants à peu près à la même période qu’elle. Les recherches et travaux de Mélanie Klein ont mit l’accent sur la fonction du fantasme en utilisant le jeu dans le cadre analytique pour favoriser son expression. À l’inverse d’Anna Freud, elle soutient que « l’éducation psychanalytique » s’avère secondaire, et que la thérapie est possible par le jeu qui contourne les limites du langage pour révéler la symbolique de l’inconscient. Ainsi, elle introduit une technique inédite : le jeu, lieu, selon elle, de l’expression des fantasmes de manière directe. « Mélanie Klein va alors traiter le jeu de la même manière que le rêve et que l’expression verbale qui en est donné, c'est-à-dire comme une expression symbolique des conflits inconscients » (2).
La définition qu’elle apporte au fantasme inconscient prend une autre dimension et vient remettre en question le concept œdipien de S. Freud : le fantasme est une fonction du Moi qui est capable, dès la naissance, d'établir des relations objectales dans l'imaginaire et la réalité. Son rôle essentiel est d'être une défense contre l'angoisse visant l’accomplissement d’un désir, en évitant ainsi la frustration.
Le symbolisme ou l'expression symbolique des fantasmes, constitue « la base de toute sublimation et de tout talent, puisque c'est au moyen de l'assimilation symbolique que les choses, les activités et les intérêts deviennent les thèmes des fantasmes libidinaux» (3).
Mélanie Klein expose le fonctionnement du bébé sur un mode dichotomique (de la division entre deux choses opposées telles que le Moi et le non-Moi, l’introjection et la projection, le bon et le mauvais objet). Les mécanismes d'introjection et de projection constituent les préformes de l'appareil psychique, des objets et du Moi. Ce sont des mécanismes dit psychotiques (comme le clivage, le déni, l'idéalisation, la réparation, et l'identification projective ou introjective) dont le Moi dispose afin de se défendre de l’angoisse née de la dualité pulsionnelle.
Bien que très controversée, Mélanie Klein a le mérite d’avoir poursuivi de manière créative l'œuvre de Sigmund Freud. Sa conception, dérangeante à l'époque, l'amène à théoriser à partir des archaïsmes psychiques précoces et à imprimer sa marque en élargissant le champ de connaissance ouvert par le père de la psychanalyse. Elle a ouvert tout un monde fantasmatique primitif et impitoyable, où l'on coupe, dévore, déchire … difficile à entendre pour beaucoup.
L’œuvre de Mélanie Klein nous a montré que les processus psychiques de projection et d'introjection ont une importance beaucoup plus grande et influent de façon beaucoup plus vaste sur chaque étape du développement psychique qu'on ne l'avait pensé. Ses travaux ont élargi les voies d'approche de la psychose.
Elle a le mérite de s’être battue pour ses idées dans la pratique de la psychanalyse des enfants (adolescents et adultes aussi). Et d’ailleurs, il y a de M. Klein un ouvrage qui m’a paru très riche et essentiel dans l’étude de sa pensée : La psychanalyse des enfants, livre dans lequel elle développe sa thèse sur la technique du jeu, le développement psychique du tout petit, sa théorie du le transfert chez l’enfant … et y souligne l’importance de la psychanalyse infantile : « Si on analysait, pendant qu’il est encore temps, tout enfant qui présente des troubles tant soit peu importants, un grand nombre des malheureux qui peuplent les asiles et les prisons ou qui échouent lamentablement, échapperaient à ce destin et réussiraient à connaître une vie normale. Si l’analyse des enfants remplit ce rôle, comme nous avons de nombreuses raisons de le croire, elle sera en mesure de rendre des services inestimables, au-delà de l’individu, à la société dans son ensemble » (4).

(1) Mélanie KLEIN, L'importance de la formation du symbole dans le développement du moi, 1930, Essais, pages 263 à 278.
(2) Monique LAURET et Jean Philippe RAYNAUD, Mélanie Klein, une pensée vivante, PUF, 2008, page 15.
(3) Mélanie KLEIN, L'importance de la formation du symbole dans le développement du moi, Essais de psychanalyse, Payot, 1968, page 264.
(4) Mélanie KLEIN, La psychanalyse des enfants, PUF, pages 290 et 291.



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