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Quelle définition donneriez-vous à l’inconscient ?

Publiée le Mardi 19 avril 2016, 07:47    Facebook

Il est difficile de donner une définition précise de l'inconscient, cette « masse » inapparente qui, avec le conscient, « se complète réciproquement, formant à eux deux ensemble, le Soi »(1) souligne Carl Gustav Jung. Nous avons un esprit qui fait fonctionner notre personne, et une partie de cet esprit nous est connu, c'est ce que l'on appelle le conscient. L'inconscient c'est tout le reste. Classiquement imagé, c'est un peu comme un iceberg : toute la partie qui dépasse de l'eau représente notre conscient, et tout ce qui est en dessous c'est notre inconscient. Même si l’inconscient était connu depuis Leibnitz (depuis le XVIIème siècle), on peut attribuer à Freud le concept moderne de l’inconscient ou sa théorie « scientifique ». Freud donne à celui-ci l’image d’un dépotoir où séjournent tous les contenus psychiques déplaisants au « moi » (c’est l’action du refoulement). Pour lui, le moyen le mieux adapté pour accéder à l’inconscient est le rêve (la « voie royale » dira-t-il), qu’il voit comme étant la réalisation d’un désir refoulé dans notre inconscient. Alors puisque je soulève brièvement le sujet du rêve, j’aimerais relater une anecdote qui illustre la pensée de Freud : une amie me confie qu’elle a fait un rêve qui la perturbe, celui dans lequel son père lui touche ses seins. « Et comment aimerais-tu voir ta relation avec ton père ? » lui ai-je demandé, « j’aimerais un contact sain avec lui » m’a-t-elle répondu. Voilà une belle démonstration du langage de l’inconscient à travers le rêve.
Il est également intéressant de connaître le point de vue de Carl Gustav Jung qui parle du rêve comme d’« un produit naturel de la psyché »(2), ou encore des rêves comme étant « l’auto représentation de développements inconscients qui permet à la psyché de mûrir lentement »(3).
Aussi, pour Jung, s’occuper des rêves, c’est réfléchir sur soi-même, sur l’âme obscure, la part d’inconscient en nous. Il attribue au psychisme la capacité de s’auto-réparer car au sein de l'inconscient, il existe des forces d'auto-guérison et de transformation (cf. le rêve de mon amie). Le rêve transmet les informations dans un processus de symbolisation. Il répare les événements de notre histoire personnelle et transpersonnelle. Il organise les pôles opposés et complémentaires des symétries, dans un jeu de polarités. Cette tension des opposés apporte des transformations par de nouvelles informations dans le psychisme. Aussi l’analyse jungienne des rêves implique de reprendre contact avec les blessures du passé. Selon Jung le rêve contient le diagnostic, le pronostic et le traitement. Une autre vision est celle de Lacan pour qui l’inconscient est tel une béance : quand dans l'analyse on défait les identifications (représentées par un oignon et ses pelures successives qu’on éplucherait une à une), on n’arrive pas à un noyau (comme dans un fruit par exemple), mais au « désêtre ».
Freud distingue le « ça », le « moi »et le « surmoi ». Dans la symbolique de l’iceberg, le « ça » représente tout le « réservoir » immergé, inconnu, inconscient, qui y abrite les pulsions. Alors concernant cette partie de « l’iceberg » précisément, il est important de souligner un aspect capital dans l’explication qu’apporte C. G. Jung : il distingue comme faisant partie de l’inconscient d’une part « l’inconscient personnel », et d’autre part « l’inconscient collectif ».
Le premier mécanisme cité représente une « couche » dans laquelle « les éléments psychologiques, les matériaux qui y figurent doivent être considérés comme de nature personnelle dans la mesure où ils ont le caractère d’acquisitions de l’existence individuelle »(4). Il provient donc des acquisitions de la vie personnelle, ce qui a été refoulé, et contient des perceptions sensorielles qui n’ont pas franchi le seuil de la conscience. De « l’inconscient collectif », il souligne que « l’inconscient détient, non seulement des matériaux personnels, mais aussi des facteurs impersonnels, collectifs, sous forme de catégories héritées et d’archétypes. J’ai donc émis l’hypothèse que l’inconscient renferme, disons dans ses couches profondes, des matériaux collectifs relativement vivants et agissants, et c’est ainsi que j’ai été amené à parler d’un inconscient collectif »(5). Par « archétypes », entendons un ensemble de figures collectives très influentes, fortes en charges émotionnelles (que Jung situe dans l’ordre du numineux). Ils sont entre autres l’ombre, la personna, l’anima, animus, la grand-mère, le vieux sage, etc.
Une autre illustration de l’inconscient peut être la face cachée de la lune également. L’inconscient est par définition « l’inconnaissable », tout du moins ce qui nous échappe, ce qu’on ne connaît pas, mais que l’on peut apprivoiser. C’est lorsque l’inconscient est révélé à la conscience qu’il cesse d’être inconscient. Il est cette grande part de nous-mêmes, de notre esprit, dont nous ne sommes pas conscients. L’inconscient est cet immense réservoir de ressources, d’apprentissages, ce grand magasin de souvenirs (disait Milton Erickson), il est celui qui nous fait avoir les émotions que nous ressentons, et la plupart de nos pensées. En ce sens notre inconscient est en prise directe avec notre corps. La plupart de nos gestes sont inconscients. La plupart de nos actes sont inconscients également. Il nous arrive tout le temps de faire des choses en pensant à autre chose. Et c'est notre inconscient qui tient les commandes pendant ce temps.
C'est particulièrement évident au travers des tâches routinières ou en conduisant une voiture par exemple. C’est notre inconscient qui prend en charge tout le travail qui se fait naturellement sans que nous ayons à y penser (marcher, écrire, conduire, etc.). C’est aussi celui qui nous dirige vers certaines personnes, qui nous fait vivre telles ou telles expériences. C’est encore l’inconscient qui va nous aider à réussir ce que l’on entreprend, à nous faire sentir bien et heureux, ou au contraire malheureux et bloqué dans notre existence. Notre inconscient, c’est à mon sens comme un ami, un guide bienveillant, protecteur, le dépositaire de nos ressources, une force vitale positive et le siège de notre mémoire (dira Milton Erickson). Il est intuition, créativité, contenant du Soi, il est le coffre au trésor de l’être.

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Et on se rend bien compte qu’on peut définir l’inconscient au travers de nombreuses images, comme par exemple ici un puits sans fond dont on perçoit uniquement l’ouverture. J’aime particulièrement cette illustration. A la surface et face à ce puits, on ne peut alors qu’imaginer ce qui pourrait se trouver plus bas, car quand on se penche, l’obscurité domine. On perçoit des sons, des bruits plus ou moins rassurants. Mais ce qu’il s’y passe réellement est de l’ordre de l’inconnu. Il peut être d’ailleurs plus sécurisant pour certains de rester devant l’ouverture de ce trou béant afin de ne pas y sombrer. Nous sommes dans l’incapacité de décrire la réalité du bas. Et nous pouvons même nous demander s’il y a un fond, ou s’il s’agit d’une descente dans l’infini. Quelques brides d’informations sont perceptibles, nous sont données de là où l’on se tient, les pieds bien ancrés dans la réalité.
Quel contenu peut-il y avoir ? C’est ce que l’on entend et que l’on sent qui nous fait supposer, traduire et décoder un semblant de vérité sur cette « vie » plus bas. Mais devrions-nous approfondir « ça » ? C’est à dire en toute conscience aller plus loin, sauter dans ce trou pour trouver les clefs à toutes ces questions ? Notre inconscient est-il est un frein à notre liberté ou nous permet-il d’échapper à nos responsabilités ? Peut-être a-t-il pour but de nous sauvegarder de ce que l’on pourrait trouver, de ce que nous ne pourrions maîtriser ? Ne serait-il pas le réservoir de l’origine de tous nos savoirs, nos apprentissages (la marche, le langage …) et un vivier de toutes nos ressources internes ?
Mais l’inconscient est de l’ordre de l’inconnu et cela effraye. Autant de questions que soulève la psychanalyste Liliane Holstein dans son livre Le syndrome de la mouche contre la vitre, comment apprivoiser votre inconscient. Alors pourquoi ces peurs ? Pourquoi être effrayé par cet inconnu qui fait partie de qui nous sommes ? Car on peut penser, concernant ces personnes effrayées, qu’elles se coupent de cette partie importante d'elles-mêmes, ce qui aggrave d'autant plus les difficultés qu’elles peuvent rencontrer. Les causes de ces peurs sont variées, on peut citer notamment la peur de l'inconnu : nombreux sont les gens qui ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas, peur de leurs voisins, peur des étrangers, peur de sortir de leurs habitudes ou de leurs zones de confort, etc. Ils s'imaginent des choses sur ces inconnus et prennent cela pour argent comptant. Cela peut être dû aussi à certaines croyances sans fondement issues de superstitions d'un autre âge.
Certains ont également des réticences à propos de leur inconscient par peur de découvrir qu’ « ils sont fous » par exemple. Les rêves (souvent étranges et incompréhensibles en surface) témoignent de cette « ombre » qui peut être déstabilisante, certaines pensées qui surgissent aussi « malgré » nous : « mais où suis-je allé chercher un tel rêve aussi fou ! Qu’est ce qu’il me passe parla tête pour rêver de telles choses ?
Je dois être fou pour avoir de telles pensées qui me traversent l’esprit » peut-on entendre dire, ou a-t-on peut-être déjà pensé. La peur de souffrir peut aussi être un facteur qui fait que l’inconscient nous effraye : quand on a mal quelque part, on n'a pas envie qu'on y touche, et c'est compréhensif. Notre inconscient nous protège de cette souffrance et il peut tout à fait corriger un problème sans avoir besoin de faire ressortir la souffrance associée. L'hypnose permet de faire des anesthésies aussi bien physiques (on fait même des opérations de chirurgie avec l'hypnose pour seule anesthésie) que psychologiques. Sous hypnose, on peut travailler sur un problème sans rien ressentir. C'est une des grandes forces de l'hypnothérapie. Ces peurs que nous avons vues proviennent de croyances erronées sur ce qu'est l'inconscient, dues pour l'essentiel à l'ignorance de ce qu'est vraiment l'esprit humain et ses extraordinaires possibilités. Car l’inconscient est dynamique et influence constamment le comportement et l'expérience. Ses propriétés sont conséquentes : les informations envoyées par notre corps vers notre esprit sont d'abord interprétées par notre inconscient, et par exemple, une sensation, un bruit, une odeur, un contact, peut nous apparaître désagréable avant même que nous comprenions consciemment de quoi il s'agit. Notre inconscient est toujours actif, même lorsque nous dormons. Par exemple, si un bruit se fait entendre, notre inconscient va le percevoir, l'analyser, le comparer à ce qui est « censé être normal », et prendre la décision ou non de provoquer notre réveil, c'est à dire le retour de notre conscience. De même, dans une transe hypnotique profonde, même si notre conscience s'est« endormie », notre inconscient est là qui écoute et nous protège. Notre inconscient contient la mémoire de tout ce qui nous est arrivé dans notre vie, de tous nos apprentissages, même de ce que nous croyons avoir oublié.
François Paul-Cavallier(6) parle de l’inconscient comme d’une banque de données contenant toutes les solutions des problèmes, solutions cachées par les apprentissages conscients qui les tiennent hors de portée. Aussi, il est possible dans l'état d'hypnose, d'accéder à certaines parties de cette mémoire pour comprendre et résoudre certaines problématiques. Nous pouvons communiquer avec notre inconscient. Quand nous sommes en transe hypnotique, nous pouvons accéder à des processus psychiques de notre inconscient, les comprendre, les transformer, les modifier. Le rôle de notre inconscient est de nous faire vivre au mieux de nos capacités, c'est-à-dire en fonction de ce que nous avons appris à travers nos expériences de vie.
C'est, à mon sens, une partie extrêmement bienveillante, contrairement aux croyances issues de la psychanalyse freudienne ou des croyances populaires archaïques. Et bien que parfois nous puissions avoir l’impression du contraire (certains se sentent parfois« trahis » au travers d’un lapsus ou d’un acte manqué par exemple), cette partie de nous même ne veut que notre bien. Quand nous avons mal à l'estomac, par exemple, nous ne disons pas que notre estomac est mauvais ou qu'il nous veut du mal. Notre estomac, comme tous nos autres organes, sert à nous faire vivre, comme notre inconscient. Si nous ressentons une souffrance, c'est plutôt dû à un mauvais fonctionnement, ou à une cause extérieure. Les intentions de notre inconscient sont toujours bonnes, c'est parfois les moyens mis en œuvre pour réaliser ces intentions qui peuvent poser un problème parleurs effets secondaires. L’intention positive qu’il y a derrière le fait de fumer par exemple peut-être celle d’apaiser un stress, de pallier à une angoisse ou tout autre chose bienveillante pour le fumeur. C’est le moyen utilisé qui est nocif. Aussi, respecter l’intention positive est capital pour le bien-être de l’individu. D’où l’importance d’être à l’écoute de son inconscient et des messages qu’il nous délivre. L'inconscient est un réservoir inépuisable de sagesse et de connaissance sur nous-mêmes. L'hypnothérapie consiste à mobilier cette sagesse et ces savoirs pour provoquer les changements bénéfiques pour le patient.

(1) Carl Gustav JUNG, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Folio, Gallimard, 1986, page 122.
(2) Carl Gustav JUNG, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Folio, Gallimard, 1986, page 33.
(3) Carl Gustav JUNG, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Folio, Gallimard, 1986, pages 39 et 40.
(4) Carl Gustav JUNG, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Folio, Gallimard, 1986, pages 41 et 42.
(5) Carl Gustav JUNG, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Folio, Gallimard, 1986, page 46.
(6) François PAUL-CAVALLIER, L’hypnose ericksonienne, Editions Morisset, Paris, 1995, pages 39, 40, 41.

Bibliographie indicative :
Liliane HOLSTEIN, Le syndrome de la mouche contre la vitre,comment apprivoiser votre inconscient, Editions J. Lyon, Paris, 2012.
Jean-C. FILLOUX, L’inconscient, Presses Universitaires de France, Paris, 1961.
Sigmund FREUD, Sur le rêve, Folio Essais, Poche,1990.

Sigmund FREUD, Le Moi et le ça, Payot, Broché, sept 2010.

Sigmund FREUD, L’inconscient, Payot, Broché, Juin 2013.



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